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Littérature maritime. Mais encore ?

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Le bateau tapuscrit de La course de Sorel (extrait du roman maritime
Le naufrage d’Éléphant et autres navigations…) vogue sur le tableau
Je ne voulais pas partir, de BOUCHER le babordais.

(voir cette œuvre et d’autres ICI)

 

Novembre 2017

 

La littérature maritime

La littérature maritime est celle qui, en tous genres littéraires (roman, nouvelle, poésie, récit, etc.), met en scène la mer, le marin et beaucoup « l’amour de la mer, sentiment complexe où entrent l’orgueil pour beaucoup, le besoin pour une grande partie, et l’amour des navires (…)[1] ». On y trouve également l’ambiance de la navigation et du voyage, parfois même le bateau au titre de personnage, mais pas nécessairement.

Le roman maritime, qui retrace ces aventures, semble marginal dans l’histoire de la création littéraire. Pourtant, que de domaines il touche : pirates et corsaires, grands capitaines ou petits mousses, explorateurs et caboteurs, pêcheurs et trafiquants, tous se croisent dans des épopées, de grandes expéditions, des aventures interlopes…

Le succès éditorial, si l’on considère sa montée en puissance et l’affirmation progressive d’un genre en tant que tel, depuis le XVIIIe siècle mais essentiellement aux XIXe et XXe siècles, prouve que le roman maritime rencontre au fil du temps un public fidèle, passionné et toujours demandeur, même s’il peut sembler au profane que les histoires de mer doivent toujours se ressembler un peu.

Odile Gannier
Le roman maritime – Émergence d’un genre en Occident,
Paris, PUPS, 2011.

Et, soutient Gannier, lorsque le genre s’anime d’humour ou de parodie, lorsqu’il joue d’intertextualité, lorsque le voyage maritime devient celui de la vie humaine et frôle des abîmes métaphysiques, ou lorsqu’il dépasse le roman d’initiation parce que « la mer donne à celui qui s’y engage cette solitude du héros, de celui qui a passé la frontière » (p. 534), alors, le roman maritime relève bien d’un genre littéraire à part entière.

Sylvie Largeaud-Ortega,
Le roman maritime, un amer littéraire, dans Acta fabula,
vol. 13, n° 7, septembre 2012

 

Le roman maritime, par définition, se passe au moins en plus grande partie en mer. Toutefois, il ne s’agit pas de le dire et d’être en mer pour qu’une œuvre soit maritime. Étonnamment, l’immense classique des Mille et une nuits, Sinbad le marin, n’est pas une épopée maritime, ni davantage Robinson Crusoë de Daniel Defoe. L’essentiel des aventures de ces deux héros, pourtant bien étiquetés, se déroule à terre et sans véritable intérêt pour la mer, sinon son transport et son obstacle.

[1] Joseph Conrad. Le miroir de la mer, Londres, 1906. Dans Odile Gannier.

 

Les romanciers maritimes

Il est risqué de déterminer avec précision quel est le premier titre du premier roman maritime de ce pionnier qui serait le premier romancier du genre. En Occident, le roman de la mer navigue essentiellement sur les côtes de l’Angleterre, de la France et des États-Unis.

Chez les Britanniques, on cite The Corsair de George Byron, The Pirate de Walter Scott, L’ile au trésor de Louis Stevenson et d’innombrables œuvres de Joseph Conrad. En France, on nomme Le négrier parmi les œuvres d’Édouard Corbière, Vingt mille lieues sous les mers, les Voyages et aventures du capitaine Hatteras et Un capitaine de quinze ans de Jules Verne et Pêcheur d’Islande de Pierre Loti. Aux États-Unis, on retient Le corsaire rouge de Fenimore Cooper, Mobby Dick de Herman Melville et Les naufragés de la Calypso de Thomas Mayne-Reid.

Les XXe et début du XXIe siècles sont dominés par les noms des Français Pierre Mac Orlan, Roger Vercel, Henry de Monfreid, Henri Queffélec et Édouard Peisson ; le Belge Albert t’Serstevens ; et surtout les très prolifiques Britanniques Alexander Kent (son héros Richard Bolitho, dix-neuf titres), Patrick O’Brian (Jack Aubrey, vingt titres) et Cecil Scott Forester (Horatio Hornblower, dix titres) et surprise, le Colombien Álvaro Mutis (Maqroll le Gabier, sept titres).

 

Au Québec

Les études sur le roman québécois identifient des « territoires » où évolue notre œuvre romanesque : essentiellement le terroir (terre et forêt), du milieu du XVIIIe siècle au milieu du XXe ; et depuis, la ville et l’individu, le réalisme et la modernité, la politique, la postmodernité, et plus récemment l’histoire. La mer en général et le Saint-Laurent et ses grands affluents en particulier ne sont pas un territoire du roman québécois.

Quoi qu’on en dise, le Québec est un pays de la forêt, de la terre et de l’enracinement qui, colonisé par d’autres puissances maritimes, n’a pas connu la gloire de participer à la conquête des sept mers. Les eaux du Québec (ni d’ailleurs du Canada) ne figurent nulle part ou à peu près au palmarès du roman maritime. Ainsi, le fleuve n’apparait que très peu dans notre production romanesque, sinon parfois comme court trait d’union obligé entre deux lieux éloignés (cf. l’œuvre de Romain Saint-Cyr), deux rivages ou deux vies (cf. Une nuit un capitaine de Denis Robitaille ou Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier), ou alors comme un horizon rêvé, observé et chéri, mais toujours au sec depuis le rivage. Bref, une littérature davantage riveraine que maritime, des récits surtout, peu de romans. Certaines ont pu tremper leur plume dans les océans du globe (cf. Marie-Andrée Mongeau, Le magicien de la mer ne fait pas de miracles), mais là n’est pas notre propos, centré sur notre Mer à nous.

Je m’emploie bien humblement à combler ce presque vide littéraire avec les romans maritimes La mer de Cocagne (Hurtubise, 2014), une suite à cet opus, Le naufrage d’Éléphant et autres navigations du Babordais… (Boucher l’éditeur, 2017) et quelques œuvres toujours sur chantiers (deux romans et un recueil de récits).

 

Documentation connexe

Pour le Québec

Le sujet littérature maritime et les grands traits du contenu de la présente page sont développés en détail dans l’article

Une littérature de marins au pays des terrins ?
dans Nuit Blanche, magazine littéraire, numéro 139, été 2015 [lien à Nuit blanche]

 

Œuvres maritimes québécoises (liste évolutive)

Bérubé, Jocelyn. Large et rivage [lien aux Libraires]
Contes du large et du rivage
Montréal, Planète rebelle, 2013, 118 pages.

Boucher, Alain. La mer de Cocagne [lien aux Libraires]
Roman maritime
Montréal, Éditions Hurtubise, 2014, 313 pages, cartes

Boucher, Alain. Le naufrage d’Éléphant et autres navigations du Babordais en mer de Cocagne
Roman maritime
Québec, Boucher l’éditeur, 2017, 259 pages

Disponible ICI en téléchargement libre et contribution volontaire

Cartier, Jacques. Relations [lien aux Libraires]
Journal et récit des navigations de 1534, 1535-36 et 1541-42

Champlain, Samuel. Des Sauvages [lien aux Libraires]
Journal et récit de la navigation de 1603

de Saint-Maurice, Faucher. De tribord à babord [lien à Bibliothèque et Archives nationale du Québec]
Récit
Montréal, Duvernay Frères et Dansereau, 1877, 458 pages.

de Saint-Maurice, Faucher. Joies et tristesses de la mer [lien à Bibliothèque et Archives nationale du Québec]
Récit
Montréal, Librairie Saint-Joseph, 1888, 198 pages.

Fortier, Dominique. Du bon usage des étoiles [lien aux Libraires]
Roman
Québec, Alto, 2010, 346 pages

Gélinas, Yves. Jean-du-Sud et l’Oizo-Magick : récit d’un voyage autour du monde
Récit (épuisé)
Montréal, Leméac, c1988, 211 pages.

Hanson, Michel William. Mémoires d’un fleuve – Le Saint-Laurent
Récit (épuisé)
Productions du Pirate, 2003, 430 pages.

Lapointe, Gatien. Ode au Saint-Laurent [lien aux Libraires]
Poésie
Trois-Rivières, Écrits des Forges, 2006, 221 pages.

Morin, André. Vu du large [lien à l’éditeur]
Récit
Trois-Pistoles, 2006, 209 pages.

O’Neil, Jean. Le fleuve [lien aux Libraires]
Récits
Montréal, Éditions Libre Expression, 1995, 211 pages.

Perrault, Pierre. Le mal du Nord [lien à l’éditeur]
Récit
Hull, Vents d’ouest, collection « Passages », 1999, 380 pages.

Saint-Cyr, Romain. Belle comme un naufrage [lien aux Libraires]
Roman
Montréal, VLB éditeur, 2006, 356 pages.

Saint-Cyr, Romain. L’impératrice d’Irlande [lien aux Libraires]
Roman
Montréal, VLB éditeur, 2001, 240 pages.

Villeneuve, Antonio. L’Insoumise [lien aux Libraires]
Roman
Drummondville, Éditions du Québécois, 2012 (réédition de 1946), 164 pages.

 

 

Pour l’Europe, quelques classiques

Le sujet littérature maritime est développé dans l’essai

Gannier, Odile. Le roman maritime. Émergence d’un genre en Occident [lien à l’éditeur]
Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, coll. « Imago Mundi », 2011, 611 p.

 

Œuvres maritimes européennes (liste très partielle)

À venir

 

Novembre 2017