Passer au contenu

Articles avec le mot-clé ‘temps’

Le retour de pupun

Quelque part dans le temps,  où les jours sont courts

Que j’explique un peu.

Étonnant comment la recherche autour d’un écrit sur chantiers nous mène en des endroits de connaissance insolite. Je suis plutôt occupé ces temps-ci,  j’achève les Flâneries laurentines et m’apprête à reprendre le prochain roman. Les journées sont trop courtes !

Bien voici, justement:

En ces temps d’avant nous, en cette terra incognita de nous, les Innus occupaient le Nitassinan, leur territoire au nord du grand fleuve, depuis le Labrador jusqu’à ce qui se nomme aujourd’hui Québec. La mesure de leur temps cyclique se faisait sans écriture ni calculs savants, et sans autres instruments que leurs yeux pour voir et regarder, et le corps pour sentir. Ils estimaient les courts cycles observables des retours des astres, Soleil pour les journées et Lune pour les périodes d’environ 29 de ces jours, et l’alternance de deux «saisons» pour un cycle plus long (Soleil, Lune et mois étant tous trois désignés par le même mot, pishimu [en innu moderne]).

La «manière dont change l’”année”» était faite de deux périodes, nipin, équivalent de nos été et automne, durant lesquels les jours raccourcissent et pupun, équivalent de nos hiver et printemps, à observer à partir du moment où les jours commencent à rallonger. C’est le retour du cycle, hiver et année étant tous deux désignés par le même mot, pupun.

Douze lunes, plus une treizième ici et là au besoin pour ajuster, faisaient cette manière dont change l’année, depuis usaku pihissimu (en innu du 17e siècle), lune où les jours sont les plus courts, jusqu’à takuatateshiu pihissimu, la lune où les jours raccourcissent, en passant par la lune des fleurs (uabikuni pihissimu), uinasku pihissimu, celle où les marmottes sortent de leur tanière et celle où les outardes reviennent (nittshi pihissimu). Le marqueur temporel de ces lunes était le retour de l’astre, la nouvelle lune.

La rencontre de l’homme blanc en robe noire a détourné l’Innu de ses savoirs anciens de mesure du temps. Le calendrier aléatoire du pape Grégoire, avec son 1er janvier, son 25 décembre et autres saintes fêtes, a été un puissant outil d’acculturation, au quotidien. horlogesaisonsEntre autres exactions et détournements, la lune des fleurs est devenue setan-pishimu , le mois de sainte Anne, où les Innus vont maintenant en pèlerinage pour tenter d’obtenir les faveurs de l’ukumimau, la grand-mère du messie. Tout n’est pas perdu pour eux: ce sont depuis toujours et encore aujourd’hui les grand-mères qui sont les sages de la communauté.

Cette fort longue mise en contexte me permet de signaler que la Lune est nouvelle quelque part autour à peu près environ le «18 décembre», c’est quelque part par là dans le temps, et que rien ne nous empêche de profiter de l’occasion de marquer le retour de pupun, en mettant au passage nos doigts dans le nez du solstice des astronomes, du 20 décembre du pape, du 25 décembre des commerçants et du 1er janvier des ministres des Finances.

 

Je te souhaite un beau retour de pupun !