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À lire : pages de caractère[s]

Berube_SudOuestQuartOuest

Caractère (n.m.) – Signe gravé, écrit ou imprimé sur une surface quelconque,
auquel on attribue un sens ; trait(s) distinctif(s) d’une chose ; originalité, expressivité.

Le naufrage d’Éléphant
et autres navigations du Babordais
en mer de Cocagne

J’ai trouvé le Babordais – et il s’agit bien de mon babordais – en 1541, le jour de saint Jean, alors que je traversais pour la première fois de ma jeune vie au Nouveau Monde. J’étais à ce moment mousse de cale pour ce Malouin venu tenter de construire un pays en Canada. Un voyage interminable de bredins mal foutus dès avant l’appareillage ; de quart toutes les nuits du bon dieu, une cambuse vide, un navire puant les latrines, les remugles de linge de corps pas lavé et de pets de cochon. Après trente jours de ce calvaire marin, en escale à Quirpont de Terra Nova, la nef immobile enfin, ancrée, nous avons par hasard croisé ce Basque avec son matelot, venus là pêcher la morue. À l’épaule de notre malodorant mouille-cul, leur navire gigantesque sentait bon la coquerie et l’essardé de frais. En catimini j’ai déserté et, main gauche au cœur, j’ai vraiment fait la meilleure affaire de ma vie. Satann-quien !

Maitre Alcofribas l’avait prédit lors de notre entretien, venu consulter Cartier rue de Buhen à quelques semaines du départ. Il m’avait parlé franchement en me fixant dans les yeux : En été, je ne sais quel vent courra, mais sais bien qu’il doit faire chaud et régner vent marin. Beau fera se tenir joyeux, et boire frais. Et combien l’ont dit, qu’il n’est chose plus contraire que la soif. L’été m’apporterait donc la vie sauve encore cette année-là, et de l’eau fraiche en quantité pour boire et se laver. Foi de fol prognostiqueur faiseur de rébus, écorcheur de latin : la meilleure ou la pire affaire de ma vie ?

Le naufrage d’Éléphant
page 1

 

En réalité, bienheureux sommes-nous sur ce fleuve ! Jamais une seule existence ne nous suffira pour en saisir toutes les couleurs, depuis son détroit de Belle-Ile au nord-est en bas jusqu’à ses rapides du Rocher-Fendu au sud-ouest en haut, du cap Anguille de Terre-Neuve aux marais du lac Saint-François en Haut-Saint-Laurent. Cinquante courtes années d’une seule vie ne contiendront pas ces indispensables fortunes de mer, naufrages, sauvetages, montées, dérives, descentes, cabotages, échouages, pêches et traverses. Cinq siècles ne seront jamais de trop pour croiser avec tous ces marins, capitaines et matelots glorieux ou anonymes, réels ou imaginaires de notre géant fleuve ; ces gens de tous temps qui n’en connaissent que trop les dangers mais aussi les beautés ; ces bâtisseurs de voitures d’eau pour aller sur les routes « couleur-saint-laurent », et les autres qui trouveront également les manières, les détours et les calculs, les mots et les saisons pour s’en faire un allié, à défaut d’un ami.

Un seul règne d’homme ne permettra pas à mon Babordais d’apprendre tous les nœuds marins à tout faire, toutes les chansons du bord à tout manœuvrer. Il faudra bien plus d’un demi-siècle pour gouter tous ces plats, bons et mauvais, de tous ces coqs de tous ces navires et humer – humer seulement ! – toutes ces bagosses et ces guildives planquées sous les tillacs secrets ou repêchées dérivantes en barils, passées par-dessus bord des rum-runners pourchassés par la garde côtière. Nous avons été généreusement dédommagés par la vie : nos joyeuses fortunes valent davantage qu’almanachs et calendriers, et la malemort soit des tristes calculateurs de siècles.

Le naufrage d’Éléphant
page 4

 

La vie a fait autrement et suis resté ici, sur ma mer de Cocagne. Depuis, Laurence m’a peut-être pleuré ; aurait-elle souffert de mélancolie ? puis de nostalgie ? Enfin, après toutes ces années de disparition, fermant les yeux, elle m’aura remplacé possiblement, oublié probablement. Moi pas. Si dans les brumes du temps j’oublie un peu les détails de son visage et l’odeur de son sillage, le froufrou de la robe bleu-plaisir de mon amie m’accompagne sans cesse, tous les jours de ma vie.

Froufrous en bleu, en verts tourbillonnants de joie ; plis calmes et bien pris en turquoises bleutés de passion ; volants claquant en tempêtes de gris de craintes chagrines ; délicats balancements chaloupants sensuels en bleu-vert de tendresse, à garnitures blanches. Autres souvenirs sensoriels des qualités de la fille, outre la fraicheur de son vin rosé, elle portait aussi un tablier blanc hiver, que constellaient les indices du menu du jour sur fond d’effluves de soupes chaudes. Les froufrous colorés de sa robe m’habitent entièrement, tous mes jours de Mer. Seuls son visage et son corps ont changé, bien que certaines courbes et rondeurs lui soient restées.

Toutes ces années, j’ai navigué. Avec Laurence, sous ses traits nouveaux, éblouissants, sensuels.

Je cherchais de l’or, j’ai trouvé la richesse ; je cherchais la fuite, j’ai trouvé l’Ailleurs ; je cherchais l’horizon clair, j’ai trouvé le Saint-Laurent. J’ai pensé rentrer, finir mes jours auprès d’une amie ; je coule plutôt des jours infinis sur une mer qui porte son nom. Elle m’a tout donné, tout partagé. À boire et à manger sans fond, les craintes et la sécurité à la fois, chaud et froid, ses humeurs mauvaises et belles des jours changeants, ses amis et ses lumières de tous horizons, des caresses de vents et ses richesses, ses couleurs du jour maintenant, ses douleurs des négligences, ses marées de mortes et vives-eaux des treize lunes et mille saisons. L’amour de la Vie et tant d’autres aventures.

Toutes ces années, par Laurence et avec Jambe-de-chien, j’ai navigué en mer de Cocagne. Ils sont mes amis, ils sont moi, je suis eux.

Le naufrage d’Éléphant
page 7

 

 

En toute Bretagne, le jour de saint Jean

Quelques lignes du début sont publiées sur la page Bibliographie maritime (bandeau du haut)

(…)

Enveloppé d’une âcre fumée blanche d’insuccès, dont j’ai traîné l’odeur plusieurs jours ; impressionné
par tant de beauté et de ferveur des Bretons blancs d’Armor en Breizh Izel, mais pas converti du tout
et dégoulinant de partout, je portai mes curieuses observations naturalistes à l’étanche et voisine salle
des fêtes du bourg, pareillement et curieusement nommé Saint-Jean-du-Doigt. J’y retrouvai l’ami Georges
et la Maryvonne, Maryse et le Didier et Yumi la voisine ; tous les religieux redevenus civils pour
la circonstance, et les endimanchés rensemainés ; et bien sûr tous les blancs mais point transformés
en rouges, et les rouges toujours rouges ; de même que, sous sa cape de pluie, mon infatigable
photographe Dominique, tout un chacune tout humide autour d’un apéro bien sec.

Il s’agissait, maintenant les piétés envoyées, de rendre hommage enfin à une bouteille de vin
indifféremment rouge ou blanc et à un copieux repas suivi de musique et de danse. Pour toi avide
et curieux lecteur, je puis enfin conclure de mon étude de ce peuple, et profonde mais simple réflexion
sur leurs coutumes, que ce sont là trois rustiques choses qui unifient on ne peut plus solidement
en un beau monolithe la Bretagne et les Bretons autour de l’assiette, du verre et du fest-noz
(la fête de nuit), qu’ils soient d’Armor, Izella, blancs, Uhella, d’Argoat, rouges, du Leon, du Tregor,
du Poher, de Cornouaille, de l’évêché de…

Baron Achile U
Juin le 24, jour de saint Jean en toute Bretagne

L’Embarcadère
revue annuelle de
la Société littéraire de Charlevoix
numéro 18, aout 2015
page 43

En collaboration avec la Société littéraire de Charlevoix, éditeur de L’Embarcadère, le Musée d’art
contemporain de Baie-Saint-Paul a produit et réalisé le Sentier de l’art.
Il s’agit d’une série de panneaux exposés à l’été 2015 dans des lieux publics de la ville, présentant
des œuvres peintes lors des précédents symposiums annuels de Baie-Saint-Paul, accompagnées
d’extraits des textes publiés dans la revue.

 

MacBSP_CousineauBoucher

Ce panneau sur lequel on pouvait voir l’huile sur toile Sans titre, de Sylvain P. Cousineau,
(1998, 152 x 305, coll. MacBSP, photo © René Bouchard) offrait aussi quelques lignes d’En toute Bretagne :

Le groupe est solidaire en foi et en voix, spectaculaire derrière ses croix
et ses reliques malgré que les bannières brodées, plus fragiles à la pluie
que les blancs paroissiens, soient restées au sec à l’église.
« Elles sont splendides, ces dorées bannières ! » m’assure-t-on.
Contre toute nature naturaliste mais enrobé de piété,
je le crois volontiers sans voir, si elles sont comme le reste.

 

 

La mer de Cocagne

Lisez le prologue ICI.

          Ce soir-là, un dimanche, l’équipage au grand complet fit force ripaille à bord de Magdalena. Rompant
avec la tradition millénaire des beuveries de bousins de ports à la veille de l’appareillage, de Artalequ offrait
le festin à ses hommes, mais à son bord. Les victuailles et boissons sans limites venaient de terre, pour
ne pas entamer les rations de cambuse, et il nous était interdit de quitter la caravelle. Le capitaine était
ainsi assuré qu’aucun des précieux matelots qui participaient à son succès et à sa réputation ne courre
le risque d’être invalidé dans une rixe d’ivrognes concurrents, d’être dérouté par une plantureuse sirène
de quai ou, pire des malheurs, qu’il rate la passerelle au petit matin pour la dernière fois de sa vie et
disparaisse entre le quai et la muraille du navire en un solitaire, ultime et sinistre glouglou.

La mer de Cocagne
page 65

          Par le haut de la grave, je m’avançai résolument jusqu’au centre de la courbe de l’anse et me posai là.
En silence. J’étais sans voix, ébahi par tant d’animation tranquille, ce bouillonnement de nature immaculée, originelle. Une image des onze mille vierges me vint à l’esprit, une conception de trésor et de richesse
différente m’apparut, nouvelle, inédite et inouïe à moi qui n’avais connu que la pauvreté. J’avais péché
déjà des cent milliers de morues, que je ne voyais qu’une à une, qui disparaissaient immédiatement dans
les cales et appartenaient au capitaine dès qu’elles étaient ferrées. Voici que je touchais terre au Nouveau
Monde pour la première fois et que je pouvais en un seul coup d’œil primitif embrasser l’éden et siéger
sans peurs ni même craintes parmi tous ces animaux rassemblés là sereinement, et qui n’étaient la propriété
de personne.
J’en fus étourdi : me voilà soudain riche comme saint Pierre ; je faisais fortune en Terra Nova à cet instant précis, fortune d’une richesse qui appartenait à la fois en propre au Babordais et collectivement à tous.
Le trésor était là sous mes yeux, mais je ne parvenais absolument pas à le désirer tant il était incommensurable.

La mer de Cocagne
page 125

 

— Que penses-tu de cet endroit, Babordais ? me demanda le pilote dans l’embelle une fois notre ancrage pris
et sécurisé.
— Méchant havre, lui répondis-je sans hésiter. Je crois que nous nous sommes trompés mais que nous avons bien fait.
— Voilà un singulier raisonnement, intervint le maître Dacquerette qui achevait à notre hauteur sa tournée d’inspection. Dis-en davantage, matelot.
Le pilote m’observait, amusé comme un précepteur examine son élève.
— Nous avons mal jugé de la présence des baleines ici, lui répondis-je : il n’y a pas d’eau et le relief de
la côte aurait dû nous alarmer de ce fait. Une telle terre douce ne peut que rarement se terminer sous l’eau
en falaise. S’il existe, le chenal profond est assurément au nord de ce fleuve, où l’eau est plus foncée
et semble plus froide. Et où sont alors certainement les bêtes.
Dacquerette était attentif, le pilote complice.
— Et encore ?
— Encore ? Nous resterons le long de cette rive du sud pour remonter l’estuaire à la recherche d’un atterrage
de meilleure qualité que celui-ci, où nous sommes par trop exposés aux vents du nord et aux caprices
des courants, qui n’iraient qu’en augmentant à mesure que le fleuve rétrécit.
— Pourquoi resterions-nous sur cette rive, demanda le maître, alors que nous savons les baleines de l’autre
côté et que les havres protégés des vents et marées y seraient cent fois plus nombreux ?
Voyant mon hésitation à répondre à mon officier, tout de même le second à bord, de Hoyarsabal m’encouragea.
— Réponds à la question du maître Dacquerette, Babordais. Rappelle-toi que ton expérience et ton intuition
de la mer intéressent les Basques.
— J’ai toujours préféré naviguer sur les chaussées mal pavées des côtes du nord de la Bretagne plutôt qu’à
l’abri tout relatif des falaises de sa pointe. Même à louvoyer en danger entre les roches affleurantes et
les écueils, on aborde toujours une grève. Ce n’est pas le cas au pied des falaises qui plongent à la mer,
ne laissant aucun atterrage en cas de nécessité. Si j’étais le maître de Magdalena, je naviguerais
en rangeant cette côte basse à faible d’eau bien davantage que celle escarpée du nord.

 La mer de Cocagne
page 292

Voitures d’eau – Les goélettes du Saint-Laurent

 

Alors le bois sera choisi et coupé avec grand soin : les racines et les arbres les plus tors fourniront
les courbes, le marsouin, la guirlande, les varangues, les membres. Dans les plus droits de fil, on taillera
la quille, la carlingue, l’étrave, l’étambot, les baux, les bordés de coque et de pont, les vaigres, les apôtres,
le taille-mer. Les plus beaux, les plus droits se dresseront en mâts et espars.

Tous ces mots seront assemblés à plusieurs verbes, à l’aide de longues chevilles et de nombreux outils
aux vocables tout aussi particuliers. Ces outils seront maniés par des charpentiers, des menuisiers,
des équarrisseurs, des bordeux, des ponteux, des calfats, des gréeurs ; tous ces mots et morceaux assemblés,
et plusieurs autres, livreront au bout de quelques mois, à l’image de la demi-coque, la plus belle,
la plus marchante, la plus rentable et la plus rapide des goélettes du Saint-Laurent !

Voitures d’eau
page 65

 

De la quille à la pomme de mât, quelques parties d’un bateau de bois

Quille
Varangue   Fausse-varangue   Ferrure   Carlingue   Emplanture   Taille-mer
Étrave   Contre-étrave   Marsouin   Écubier   Guirlande   Bau   Serre   Étambot   Grand’barre
Contre-étambot   Estain   Tableau   Aiguille   Contre-aiguille   Talon   Apôtre   Allonge
Membre   Maître-couple   Faux-membre   Genou   Bouchain   Gouvernail   Cale
Muraille   Bauquière   Gournable   Bordé   Galbord   Ribord   Parclose   Préceinte
Étançon   Barrot   Veuglé   Anguiller   Courbe   Faux-bau   Entremise   Pont
Plat-bord   Jambette   Lisse   Gaillard   Épontis   Bandeau   Éventoux
Dalot   Pavois   Écoutille   Galiote   Hiloire   Surbau   Virure   Chambre   Cloison
Timonerie   Beaupré   Cap-de-mouton   Étambrai   Grand mât   Mât de hune
Mât de misaine   Mât d’artimon   Foc   Hauban   Flèche   Trinquette   Bôme
Corne   Sous-barbe   Étai   Drisse   Écoute   Voile   Roue   Guindeau
Mâchoire   Capot   Bossoir   Palan   Bitte
Pomme de mât

Voitures d’eau
page 65

 

La transformation et la modernisation des goélettes du Saint-Laurent

D’abord la coque et les mâts…

Le gréement classique décrit plus haut est celui de la goélette franche à quille, dont la section
de coque est en demi-cercle ou en pointe, et qui se termine à l’arrière par une quille en forme
d’aileron fin.

Pour s’adapter à l’environnement naturel du Saint-Laurent, particulièrement à ses marées
parfois de forte amplitude, ses battures larges, ses anses et chenaux peu profonds, les charpentiers
ont transformé la coque à quille en coque à fond plat.

On ignore où au Québec est né le fond plat de la goélette, chacune des régions du Saint-Laurent
revendiquant la paternité de l’invention. Or, elle a fait son apparition très tôt sur le fleuve :
on la mentionne dans les registres du port de Québec dès le début du 19e siècle.

Cette importante modification formelle et structurelle de la coque du navire a entraîné d’importants
changements au gréement. En effet, le grand mât – à l’arrière – et le mât de misaine – à l’avant –
ont été intervertis afin d’avancer le centre de la voilure du bateau. La grand voile désormais à l’avant
permet de compenser les modifications de marche et de dérive du voilier causées par la disparition
de la quille.

Or, le gréement du navire dit « goélette » a été changé en gréement de navire dit « ketch »,
où le petit des deux mâts est à l’arrière, devant le poste de barre et devant le gouvernail.
Ceci n’a jamais été pris en compte dans le parler des marins du fleuve et le nouveau ketch moderne
du Québec est resté la traditionnelle goélette dans le langage, jusqu’à aujourd’hui.

Voitures d’eau 
page 93

 

Quelques noms de goélettes d’autrefois, comme un poème d’amour

Desire   Adelaide   Martha and Eliza   Temperance   Scotland
Alma   Azot   Entreprise   Lumina   La Canadienne   Marie-Clarisse
Otonabel   Aurora   Confédération   Trompeuse   Critique
Reine Blanche   Commerce   Choyenne   Sainte-Anne
Omphale   Louisa Maria   Alceus   Auguste
Reine du Lac   Voyageuse   Félicité   Old Tom   Marie Lespérance
Countess of Durham   Coquette   Sea Bird   Hope   L’Impératrice
Solomée   Amédée   Eugénie   Marie-Hélène   Rimouski   Waterwitch
Queen Mary of Scots   Feu follet   Ébouloise   Zélée   Aigle de mer
Foederis Acra   Reine de la Prévoyance    Emmanuel   Reine Elisabeth
Audet et Robitaille   Marteau   Stadacona   Aurore   Marie Vigilante   Zelia
Jeannette   Mignonnette   Albatros   Anne Prudence   Arthur   Capricieuse
Crane Island   Le Don de Dieu   Marie Caroline   Étoile de Mer   Champion
St-Adolphe   BB   Marie-Delphine   G.H. Marie   L’Alida   Nérée Harvey
Félicité   St-François-Xavier   Jean Richard

Voitures d’eau
page 143

 

 

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